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Fès et la Colline des Rois Oubliés : Un Voyage aux Tombeaux Mérinides de Fès
Soyons francs sur Fès. On y vient pour la médina. Pour se perdre dans un dédale vieux de mille ans, être hypnotisé par les cuves de teinturiers, sentir le cèdre, le cumin et l’âne. C’est intense, incroyable, et totalement absorbant. Mais après un jour ou deux de ce beau chaos, votre âme aura peut-être besoin d’un peu d’espace. Un peu d’air. Une vue qui vous permette de voir tout le puzzle glorieux et compliqué d’en haut, plutôt que d’être coincé à l’intérieur de l’une de ses pièces.
C’est là que vous vous retrouverez à gravir une colline poussiéreuse au nord de la ville, au-delà des arbres rachitiques et des chèvres errantes, vers un groupe silencieux de boîtes de pierre qui s’effritent sous le soleil depuis 700 ans. Bienvenue aux Tombeaux Mérinides. Ce n’est pas une exposition de musée polie. Il n’y a pas de guichets, pas de guides en uniforme, pas de boutiques de souvenirs vendant des cartes postales. C’est un lieu de fantômes, de vent, et du panorama le plus à couper le souffle de tout le Maroc.
Je vais être direct : on ne vient pas ici pour l’architecture. Du moins, ce qu’il en reste. On vient pour la perspective. Littéralement et figurativement. Cette colline est l’endroit où l’on comprend enfin Fès.
Un Cours Express sur la Dynastie Qui a Bâti Fès Impériale
Pour comprendre pourquoi cet endroit compte, il faut rembobiner. Avant les célèbres Saadiens de Marrakech, avant les Alaouites qui règnent aujourd’hui, il y eut les Mérinides. Une tribu berbère des déserts de l’est qui débarqua en ville au XIIIe siècle et décida de faire de Fès sa capitale. Pendant près de deux cents ans, ils furent les grands patrons.
Leurs réalisations ? Ils ont agrandi et embelli la vieille médina, Fès el-Bali. Surtout, ils ont construit à côté une ville royale entièrement nouvelle : Fès el-Jdid (« La Nouvelle Fès »). C’est là que vous trouvez encore le vaste Palais Royal aux portes dorées, l’ancien Mellah (quartier juif), et les grands jardins. Ces sultans étaient de grands bâtisseurs, mais aussi de grands guerriers et de fins théologiens. Ils ont établi des medersas – ces écoles coraniques somptueusement décorées comme la sublime Bou Inania – pour attirer les érudits et asseoir leur pouvoir religieux. Fès était alors le centre intellectuel et spirituel du Maghreb, une sorte d’Oxford médiéval sous le soleil africain.
Et comme tous les puissants, ils ont dû songer à l’éternité. Ils ont choisi pour leur repos éternel non pas un caveau discret, mais cette colline stratégique dominant les deux Fès : l’ancienne et la nouvelle. De là, leurs âmes pourraient surveiller leur héritage pour les siècles à venir. Les tombeaux que vous voyez, ou ce qu’il en reste, datent des XIIIe et XIVe siècles. Ce n’était pas un simple mausolée, mais une nécropole royale complète.

L’État des Lieux : Une Beauté en Ruines
Aujourd’hui, les tombeaux sont dans un état de décrépitude sublime. Imaginez de grands cubes et rectangles de pierre ocre, certains encore debout, d’autres effondrés. Les toits ont disparu. Les murs portent les stigmates du temps et des intempéries. Il ne reste aucune trace des faïces colorées (zellij) ou des plâtres sculptés qui devaient certainement les orner. Tout ornement a été pillé, érodé, ou retourné à la poussière.
Et c’est précisément ça qui est puissant. En contraste total avec le foisonnement de détails et de vie de la médina en bas, ici règne une austérité solennelle. On marche parmi des squelettes de pierre. On peut toucher les mêmes blocs que les mains des artisans mérinides ont taillés. Il n’y a pas de barrières, pas de cordons de velours. C’est brut, réel, et un peu mélancolique. Cela vous rappelle que tous les empires, même les plus glorieux, finissent par se fissurer et retourner à la terre. Regardez vers le bas : la médina, elle, est toujours vivante, bruyante, éternelle. La leçon est silencieuse mais claire.
Le Véritable Trésor : La Vue Qui Explique Tout
Mais parlons de la vraie raison de la montée : la vue. C’est un spectacle qui vous coupe le souffle et reste gravé dans la mémoire.
Depuis le promontoire des tombeaux, Fès s’étale à vos pieds comme une carte en relief vivante.
- Fès el-Bali : Cette mer tumultueuse de maisons blanches et ocres, si dense qu’on dirait qu’elles se tiennent les unes les autres pour ne pas s’effondrer. Vos yeux suivent le dédale, essayant en vain de tracer le chemin que vous avez pris ce matin. Vous repérez les grands minarets carrés qui percent la canopée urbaine : le vert vif de la mosquée Al Quaraouiyine, le cœur spirituel de la ville ; le minaret vert et blanc de la mosquée Moulay Idriss, sanctuaire du fondateur. Entre eux, une infinité de ruelles où se jouent des millions de vies.
- Fès el-Jdid : Plus ordonnée, avec ses longs murs, les toits du Palais Royal, et les alignements du Mellah.
- Les Collines Au-Delà : Par temps clair, vous voyez les contreforts verts du Moyen Atlas encadrer le tout.
Le moment magique est incontestablement le coucher du soleil. Vers 17h-18h (selon la saison), commence un spectacle naturel gratuit. La lumière chaude du soleil couchant enflamme la pierre des tombeaux en un orange brûlant. Puis, elle caresse la médina, transformant les murs blancs en or, allongeant les ombres des minarets.
Et puis, ça commence : l’appel à la prière du soir. Il ne vient pas d’un haut-parleur, mais de dizaines de mosquées en contrebas. C’est un appel à la prière en stéréo, en écho, qui monte lentement de la ville vers vous sur la colline. D’abord un muezzin lance le chant, puis un autre, plus loin, lui répond, puis un troisième, jusqu’à ce que la ville entière semble chanter à l’unisson. C’est un moment d’une beauté spirituelle et sensorielle à vous donner des frissons. On reste silencieux. On écoute. On regarde. C’est ça, la récompense.
Un Guide Pratique et Sans Filtre Pour Votre Visite
- Comment Monter ? (L’Info la Plus Importante)
Très important. N’essayez PAS de monter à pied directement depuis la médina. Le chemin est long, pentu, mal indiqué et traverse des zones périphériques pauvres où vous pourriez vous sentir très mal à l’aise, être suivi ou harcelé. Les deux bonnes méthodes :- Le Petit Taxi Local (Le Classique) :
- Prenez un petit taxi beige n’importe où dans la ville.
- Dites « Tombeaux Mérinides » ou « Vue sur la médina« . Tous les chauffeurs connaissent.
- Négociez un prix ALLER-RETOUR avec attente. C’est crucial. Dites clairement : « *Aller-retour, vous m’attendez 30 minutes, combien ?* ».
- Un prix correct et juste se situe entre 50 et 80 Dirhams (5-8€) pour l’ensemble du service. Soyez ferme.
- Conseil de pro : Payez à la fin, une fois de retour à votre point de départ. Le chauffeur vous déposera sur le petit parking en terre battue au pied des ruines et patientera. C’est sûr, simple et ça vaut chaque centime.
- Le Transfert Privé Pré-Réservé (Pour une Sérénité Totale) :
Si vous n’avez pas envie de négocier, surtout après une longue journée dans la médina, ou si vous êtes un petit groupe, la meilleure option est de réserver un transfert privé à l’avance. Un chauffeur professionnel vous attend à votre riad ou hôtel, vous conduit directement au site, vous explique les choses à voir, et vous attend le temps qu’il faut. Le prix est fixé à l’avance en euros, il n’y a aucune mauvaise surprise, aucune négociation. C’est le niveau de confort supérieur.
>> Pour réserver un transfert privé sans stress avec un chauffeur francophone à Fès, vous pouvez consulter les options et prix fixes ici : https://kiwitaxi.tp.st/hsgRLLXj
- Le Petit Taxi Local (Le Classique) :
- Quand Y Aller ?
Fin d’après-midi. Sans hésitation. Comptez arriver environ 1h30 avant l’heure officielle du coucher de soleil. Cela vous donne le temps de explorer les ruines sous une belle lumière, puis d’assister à la transformation dorée et à l’appel à la prière. - Combien de Temps ?
30 à 45 minutes suffisent largement. C’est suffisant pour faire le tour des ruines, prendre des photos sous tous les angles, et s’asseoir pour contempler la vue. - Coût :
L’accès au site est gratuit. Vous ne payez que le transport. - À Porter/À Prendre :
- Chaussures fermées et stables. Le terrain est rocailleux, inégal, avec des herbes sèches.
- Une bouteille d’eau. Il n’y a aucun vendeur sur la colline.
- Un pull léger ou une veste en soirée, même en été. Il peut y avoir un vent frais et soutenu sur les hauteurs.
- Votre appareil photo avec la batterie chargée. Évidemment.
- Sécurité :
Le site en lui-même est très fréquenté par les touristes et les jeunes Fassis qui viennent profiter de la vue, surtout le week-end. Il est sûr. Gardez juste vos affaires personnelles en sécurité comme partout, et soyez attentif où vous mettez les pieds parmi les pierres.
Que Voir à Proximité ? Le Bonus Inattendu
Tout en haut de la colline, accolé aux tombeaux, se dresse le Borj Nord. C’est une énorme forteresse aux murs épais, construite au XVIe siècle par les Saadiens (les successeurs des Mérinides) pour surveiller la ville… avec des canons. Aujourd’hui, elle abrite le Musée des Armes de Fès.
C’est une visite fascinante et souvent ignorée. À l’intérieur, dans des salles voûtées et sombres dignes d’un château fort, vous trouverez une collection incroyable d’armes du monde entier : des épées marocaines et ottomanes richement décorées, des poignards au manche de cristal, des pistolets à silex incrustés de nacre, des armures, et même des canons gigantesques espagnols. Cela contraste de manière frappante avec la spiritualité des tombeaux et offre un autre pan, plus guerrier, de l’histoire tumultueuse de Fès. L’entrée est symbolique (20 DH environ) et vaut vraiment le détour si vous avez un peu de temps supplémentaire.

L’Astuce du Photographe
Pour la photo parfaite « carte postale » :
- Positionnez-vous dos aux ruines, avec une arche ou un montant de pierre effondré sur le côté pour cadrer naturellement la ville en contrebas.
- Utilisez un objectif grand-angle pour capturer l’immensité.
- Attendez qu’un nuage passe pour ajouter du dramatisme au ciel.
- Au coucher du soleil, ne surexposez pas. Baissez légèrement la luminosité pour laisser les ombres s’approfondir et pour que les premières lumières des fenêtres dans la médina s’allument comme des étoiles terrestres.
Conclusion : Plus Qu’une Simple « Visite »
Aller aux Tombeaux Mérinides, ce n’est pas cocher une case touristique. C’est un rituel de passage à Fès. C’est prendre de la hauteur, au sens propre. Après l’immersion totale, sensorielle et parfois étourdissante de la médina, c’est le moment où l’on recule, où l’on digère. Où l’on réalise l’ampleur de ce que l’on explore.
C’est un lieu qui parle de mortalité et de permanence. Les rois sont partis, leurs palais oubliés, leurs tombes en ruine. Mais en bas, la vie qu’ils ont gouvernée continue, inchangée dans son rythme essentiel : l’artisanat, le commerce, la prière, le thé partagé.
Prenez un taxi (ou mieux, organisez un transfert tranquille), gravissez la colline, touchez la pierre chaude, et regardez. Laissez Fès vous raconter son histoire la plus longue, sans un mot. C’est un cadeau que vous font les vieux sultans depuis leur perchoir d’éternité. Nulle part ailleurs vous ne comprendrez aussi bien cette ville. C’est essentiel.